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Dans un marché de travaux à forfait, certains maitres d’ouvrage tentent d’imputer une moins-value en fin de chantier. Ils le font sous prétexte que les quantités exécutées seraient inférieures à celles prévues. Cette pratique, pourtant fréquente, heurte le droit des contrats et la jurisprudence constante de la Cour de cassation. Comment contester efficacement une telle réduction unilatérale du prix ? Pour contester une moins-value dans un marché à forfait, il faut d’abord connaître les règles qui gouvernent le prix forfaitaire.

Les données sont modifiées pour anonymisation.


Contexte pratique

Nous avons accompagné une entreprise du BTP confrontée à un décompte général minoré. Le marché, conclu à prix global et forfaitaire, portait sur des prestations de voirie et réseaux divers. En fin d’exécution, le maître d’ouvrage a adressé un décompte prétendument « rectifié ». Il était assorti d’une moins-value importante, sans réunion contradictoire ni justification technique.

Notre cliente avait pourtant accepté de minorer sa situation initiale pour favoriser un règlement rapide. Quelques semaines plus tard, un nouveau décompte, unilatéral et incohérent, lui a été opposé. Nous avons choisi de contester sa validité sur le terrain du droit au forfait.


Le cadre juridique : le prix forfaitaire est intangible

Le prix forfaitaire constitue un pilier du droit des marchés de travaux. L’article 1793 du Code civil dispose que l’entrepreneur qui s’est chargé de la construction à forfait d’un bâtiment, d’après un plan arrêté et convenu avec le maître de l’ouvrage, ne peut demander aucune augmentation de prix, sauf changements autorisés par écrit et dont le prix a été convenu. La jurisprudence en déduit que le prix forfaitaire est intangible dans les deux sens, de sorte que le maître de l’ouvrage ne peut pas davantage en imposer la réduction.

Dans un arrêt du 16 novembre 2010, la Cour de cassation a jugé que le caractère forfaitaire du marché interdisait au maître de l’ouvrage, qui avait réceptionné l’ouvrage sans réserve, de demander une réduction du prix en invoquant une moindre quantité des matériaux mis en œuvre (Cass. 3e civ., 16 nov. 2010, n° 09-17.133).

Cette exigence protège les entreprises contre les décomptes arbitraires dressés sans contradictoire.


Notre stratégie juridique

Nous avons démontré que le contrat était bien un marché à forfait : prix global, prestations précisément définies, absence de bordereau de prix unitaire.

Nous avons ensuite confronté les prétendus « constats » de l’entrepreneur principal à ses propres relevés antérieurs. Dans ceux-ci, les quantités étaient validées et cohérentes avec les métrés initiaux.

Enfin, nous avons relevé que le décompte modifié avait été établi sans réunion, sans signature et sans preuve technique. Cela rendait toute moins-value inopposable à notre cliente.

Le tribunal a été invité à écarter ce décompte comme irrégulier. Il a été aussi sollicité pour condamner le donneur d’ordre au paiement du solde intégral du marché.


Enseignements à tirer pour des cas similaires

Contester une moins-value dans un marché à forfait suppose une double vigilance :

– sur le fondement juridique, en rappelant que le forfait exclut toute révision unilatérale du prix ;

– sur le terrain probatoire, en exigeant la production d’éléments contradictoires (réunions, constats, signatures).

Les entreprises doivent conserver soigneusement les échanges de chantier, situations validées, courriels et devis successifs. Ces documents suffisent souvent à démontrer que la modification du décompte est dépourvue de base contractuelle.

Le cabinet Replik Avocats assiste les entreprises du BTP dans ce type de contentieux de chantier, de la contestation du décompte jusqu’au recouvrement du solde du marché.


Conclusion

Le droit du forfait protège les entreprises contre les revalorisations à la baisse imposées sans accord.

La jurisprudence de la Cour de cassation interdit ainsi au maître de l’ouvrage de remettre en cause unilatéralement le prix forfaitaire, et un décompte établi sans contradictoire ne saurait suffire à justifier une moins-value.

Contester une moins-value dans un marché à forfait relève dès lors d’une exigence de loyauté contractuelle autant que d’une défense fondée en droit.


À retenir


⚖️ Cet article propose une analyse juridique générale. Il ne remplace pas un conseil adapté à votre situation particulière.

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